Actualités à Fayenbois

1. L’histoire raconte …

Mythes et légendes – Fayenbois

« L'Histoire raconte que les premiers habitants du quartier de Fayenbois sont arrivés des quatre coins du monde pour une raison que nous ne connaissons pas.
Lorsqu'ils se sont installés sur le site, ils se sont très rapidement rendu compte qu'à l'inverse des clans, des tribus, des hameaux, des bourgs et des villages avoisinants, ils ne possédaient aucun sentiment d'appartenance.
Il n'y avait aucun lien apparent entre eux. Ils ne se reconnaissaient pas dans les liens du sang et ils ne provenaient pas du même sol. Ils ne partageaient pas la même culture ou la même religion. Chacun avait une vision très différente du monde dans lequel il vivait. Ces hommes, ces femmes et ces enfants occupaient cet endroit privilégié, sans réellement partager quelque chose. Ils avaient pourtant les mêmes besoins. Ils cherchaient tous un toit, une sécurité, de quoi se nourrir et de quoi espérer.
Et pourtant, sans le savoir, ces personnes partageaient quand même quelque chose...
En effet, l'ambition pour elles n'était pas de bâtir un empire. Les fastes pharaoniques d'antan étaient remplacés par l'ambition impérieuse de respirer un air sain, l'envie de boire une eau pure, de manger des aliments savoureux et sans poison et de profiter d'une énergie bon marché et renouvelable à profusion.
Sans s'être concertés, côte à côte, chacun dans sa cellule familiale commença par repousser les énormes cailloux qui parsemaient son lopin de terre pour y cultiver et élever de quoi subvenir aux besoins. C'était il y a très longtemps... Chaque propriété était maintenant cernée par un petit muret. La vie se déroulait côte à côte, sans que personne n'établisse réellement des liens. Leur devise à l époque était : « lave ton seuil et le monde entier sera propre ».
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Quelques décennies plus tard, par l'effet d'un dérèglement climatique sans précédent, toutes les récoltes furent perdues !
Les animaux domestiques moururent en grand nombre. Il fallut redoubler d'effort pour survivre et plus personne n'avait le temps de s'occuper des enfants et des vieillards.
L'année suivante, une canicule hors du commun entraîna la mort de plusieurs sages. Beaucoup de connaissances étaient perdues. En effet, les plus vieux étaient appelés en ce temps-là « les bibliothèques » et, par l'effet de la déshydratation, chaque famille perdit au moins un de ses anciens.
Les circonstances étaient telles que les habitants se réunirent tous dans le cirque naturel qui se trouvait au bord du territoire. Ils mirent en place une agora, un conseil des habitants.
Voici précisément le site sur lequel nous avons retrouvé ce lieu de rassemblement.
C'est à cette occasion qu'un des enfants qui avait l'habitude de grimper sur le Hêtre le plus ancien et le plus haut de la forêt, leur donna l'intuition du premier acte symbolique qui entraîna tout ce qui va suivre.
« Nous devrions utiliser tous ces cailloux qui sont aux limites de notre terrain pour en faire une tour et, de là-haut, nous aurons un autre point de vue, nous verrons les choses autrement, nous verrons plus loin ! ».
Ce fut d'abord un long silence... puis la plus vieille femme de la communauté applaudit l'enfant avec ses petites mains fines et sèches.
Interloqués, les enfants et les petits enfants de la grand-mère enchaînèrent, puis ce fut au tour de toute l'assemblée – cette fois debout – qui poursuivit, entraînée par un nouvel élan. C'est ce que l'on nomma « le second souffle ».
Les habitants décidèrent donc de démonter tous les murs d'enceinte de leur habitation privée pour construire une nouvelle tour commune, tous ensemble. Chacun pouvait venir là tel qu'il était, avec ses croyances et ses propres représentations du monde et, malgré tout, participer à une édification en réfléchissant au sens de cette entreprise commune. Une fois la tour construite, on y viendrait pour prendre de la hauteur ou du recul. On monterait au sommet de l'édifice pour approfondir ses connaissances et regarder au loin.
L'agora devint le lieu du partage des connaissances, le lieu où chacun récoltait les informations locales. C'était également un lieu de rendez-vous pour les jeunes gens.
Dans la foulée, les habitants de l'époque mirent en place une plénière citoyenne en vue d'organiser la vie en commun et ce, afin de faire face à tous les événements qui échappent au contrôle des hommes. Ils nommèrent cela « l'intelligence collective ».
A divers endroits du territoire, ils élevèrent des tumulus. Il s'agissait de petits monticules de terre élevés en hommage à la tour de pierre et dédiés aux valeurs qui leur paraissaient importantes.
Sur la vieille tour en pierres qui se situe maintenant au cœur d'un bois, on s'y rendait seul ou en tout petit groupe mais toujours en silence, pour se recueillir et laisser venir en soi les idées qui ne nous parviennent que lorsque nous sommes disponibles et en dehors de la vitesse et de la fonctionnalité.
Parmi les quelques tumulus qui existent encore aujourd'hui, on peut voir la colline de l'écriture. Nous y retrouvons toutes sortes de graffitis, soit directement gravés dans le sol, soit composés à partir de cailloux qui forment des signes, des images et des mots que l'on peut venir lire.
On retrouve aussi le tumulus dédié à la lecture. Au sommet de cette élévation, toute personne qui le souhaitait pouvait venir déclamer et lire un texte qu'il avait préparé pour les autres. Autour de cette butte sont encore disposées des pierres plates qui probablement servaient de siège à ceux qui venaient écouter le lecteur.
On a également découvert une élévation où l'on apprenait à compter. Au sommet de cette butte, les adultes venaient avec les enfants et comptaient les oiseaux, les insectes, les papillons, les fleurs et les arbres. C'était un jeu et une transmission.
Il y avait également la butte de la pensée. C'était une élévation avec un sommet tronqué où l'on pouvait clairement voir l'empreinte d'un corps allongé en direction du ciel. On venait s'y allonger et laisser libre cours à son monde intérieur, tout simplement.
On a retrouvé aussi un tumulus dédié au chant. Sous la terre, des enfants archéologues ont dernièrement encore exhumé d'étranges instruments de musique dont on a perdu l'utilisation. Aujourd'hui ce sont des jeunes gens qui viennent avec des guitares, des violons, des tambourins et des instruments à vent. En hommage à cette époque révolue, ils ont décidé de jouer une musique acoustique dont l'instrument principal est la voix.
Aujourd'hui, on découvre encore :
le « tumulus aux fleurs », recouvert de plantes aux mille couleurs qui se décline donc durant les quatre saisons ;
le « tumulus du recyclage », une énorme butte faite d'un compost commun et de déchets verts.
J'ai entendu dire que les habitants d'aujourd'hui sont en train de créer la butte au parfum et une autre dédié à la vue, au toucher, à l'ouïe et au goût. On prépare aussi « le tumulus des secrets et des vœux ».
Dernièrement, on a appris que les habitants ont creusé des tranchées en pente douce, dédiées au silence et au recueillement ».

Werner Moron, 2 août 2015